04 septembre 2006
(Maroc) Kms parcourus : 220 ; Argent dépensé : 13 Eur
Petit déjeuner dans un boui-boui qui ne paie
pas de mine mais qui offre un délicieux jus d'oranges (pressées à la
main) et des galettes marocaines succulentes. Je me promène dans la
ville, prend doucement mes marques dans ce monde nouveau. Mon
impression de la veille se confirme, Chefchaouen est superbe,
authentique, simple. Les femmes portent pour la plupart la djellaba,
beaucoup de personnes âgées vendent trois fois rien à même le sol. La
rue en elle même est un spectacle passionnant. Des ânes et des chèvres
se retrouvent au milieu de la route, coincés entre deux camions
rutilants dont s'échappe un mélange d'huile et de diesel nauséabond. Je
quitte l'hôtel à 11h00 et suis obligé de réveiller le gérant, qui dort
avachit sur son canapé, probablement shooté au haschich. A Chefchaouen,
l'herbe circule aussi librement que les biens de consommation courants
et les sollicitations sont nombreuses pour des boulettes de la taille
d'un poing. Moralement, je ne suis pas encore prêt à faire du stop
jusqu'à Meknès, je rejoins la gare routière, bien grand mot pour
désigner un vaste parking où règne un chaos très organisé, sous l'oeil
vigilant des agents de la sureté nationale. J'y fais la connaissance
d'une superbe égyptienne, très cultivée (elle étudie l'histoire de
l'islam, entre le Caire et Berne), voyageuse hors norme qui me file de
bons tuyaux pour l'Australie et l'Inde qu'elle connaît sur le bout des
doigts. Le voyage en bus est épique. Les bagages sont accrochés sur le
toît, et le chauffeur annonce le départ à coup de klaxon et de
rugissements du moteur, dont le bruit se rapproche plus d'une
locomotive que d'un camion. Les kilomètres défilent, les arrêts sont
nombreux, le gamin à côté de moi n'arrête pas de vomir, tout le monde
étouffe et sue à grosse goutte dans ce vieux raffiot. Après une pause
pour changer les pneus, le bus s'arrête définitivement à Sidi Kacem, à
60km de Meknès. J'ai retrouvé la motivation pour faire du stop mais je
manque de conviction quand un taxi collectif me propose de rejoindre la
ville pour 15 dirhams. Je me lance ensuite à la recherche d'un hôtel,
tombe par hasard sur un ryad luxueux mais je me rabats la mort dans
l'âme sur une petite auberge miteuse, plus en accord avec mon budget.
Après un dîner rapide, je m'apprête à rejoindre ma chambre lorsque
Abdullah, assis à la terrasse d'un café m'interpelle. Il m'offre le thé
et me propose d'essayer un hamam marocain. Nous nous enfonçons dans les
rues sombres de la médina et pénétrons dans une maison que rien ne
distingue des autres, à l'exception d'une inscription en arabe sur la
porte. Abdullah négocie le tarif et le traitement qui me sera réservé.
Et le blanc bec que je suis rejoins en caleçon la première pièce
chaude, au style roman et tapissée de mosaiques. Après avoir jeté de
l'eau chaude par terre, je m'alonge à même le sol pendant de longues
minutes. La clientèle est exclusivement masculine, des enfants
accompagnent leurs pères. Je passe enuite dans une autre pièce, plus
froide où j'ai droit à un massage et savonnage viril. On m'apporte
ensuite de gros sauts d'eau chaude pour m'asperger et me rincer
abondamment. Je sors de là détendu et heureux et file me coucher serein.
05 septembre 2006
(Maroc) Kms parcourus : 50 ; Argent dépensé : 15 Eur
Je souhaite passer la journée à Meknès. Je m'élance dans la cité impériale, grâce au plan qu'Abdullah m'a laissé, et franchit la superbe porte Bab Mansour. Toute cette partie de la ville a été pensée et rêvée par Moulay Ismaïl, au XVIIème siècle. Le périmètre des murailles est gigantesque, je renonce à faire le tour à pied. Je bascule ensuite vers la Médina où des coiffeurs cohabitent avec des forgerons, des marchands de kilims ou des confectionneurs de paniers en osier. Petit break au cybercafé pour uploader des photos, je n'avais pas eu le temps de le faire à Chefchaouen. Je décide ensuite de rejoindre Moulay Idriss et Volubilis, hauts lieux historiques au Maroc. Moulay Idriss est une ville située à 25km de Meknès et tient son nom du fondateur du premier état marocain. Un autre Moulay, j'espère que vous suivez, sinon prenez des notes ! Je fais la visite en compagnie d'un couple de hollandais et d'un marocain, que nous devons considérer comme notre guide. Nous passons au pied d'un étonnant minaret cylindrique, découvrons une piscine dont l'eau souffrée vient directement d'une source et dans laquelle de nombreux jeunes s'amusent. Plus bas, le long de la rivière, des gamines d'à peine 10 ans lavent du linge. Je quitte mes charmants hollandais au pied de Volubilis, l'une des principales cités de la Maurétanie, à l'époque pré-romaine (1er siècle). Je me ballade au milieu des anciens thermes, arc de triomphe, aqueduc, en essayant d'imaginer la grandeur et la prospérité de cette ville deux fois millénaire. Retour en taxi collectif à Meknès où je retrouve Abdullah qui m'entraîne dans le souk pour acheter une chemise. Il est vraiment sympa mais en fait un peu trop et cela finit par m'agacer. Je le quitte en bons termes mais heureux d'avoir retrouvé ma "liberté". Sandwich et au lit.
06 septembre 2006
(Maroc) Kms parcourus : 190 ; Argent dépensé : 3 Eur
Lever de bonne heure, petit déjeuner sur le pouce et direction Casablanca. Casablanca est l'une des plus grandes villes du Maroc mais ne présente pas un intérêt culturel en soi. Je souhaite seulement passer quelques jours avec Rachid, un ami marocain que mes parents ont accueilli plusieurs fois en France. J'ai enfin retrouvé ma confiance et mon assurance, je peux reprendre le stop. Je suis pris instantanément par un couple de marocains habitant à Strasbourg et qui rentrent en France en voiture, après un mois de vacances au pays. Ils me déposent près de Rabat puis deux voitures me feront rejoindre Casablanca. Les temps d'attente sont beaucoup moins longs qu'en France ou en Espagne, cela fait plaisir. Par contre, certains chauffeurs cherchent à monnayer la course, il faut négocier avant de monter. Aussitôt arrivé à Casa, je file voir l'Atlantique et rédige ce billet sur l'esplanade de la gigantesque mosquée Hassan II. Coup de fil à Rachid qui arrive tout de suite. J'avais encore l'image de l'étudiant ingénieur agronome, venu nous rendre visite en Normandie. Il est désormais directeur de la chambre d'agriculture de Casablanca, mais mis à part une calvitie naissante (les responsabilités...), rien n'a changé chez lui : son oeil pétillant et malicieux, sa gentillesse et son contact facile avec tout le monde ont gardé tout leur charme. Sa compagnie me plaît beaucoup, nous passons la soirée avec ses amis et collègues ingénieurs, sur la plage, autour d'une Harira (soupe marocaine) et de galettes à la vache qui rit. Rachid me parle du Maroc, du problème du chomâge (qui se mesure au taux de fréquentation des troquets), de la mixité sociale qui existe encore dans les quartiers. En témoigne la présence de calèches (très bon marché), taxis collectifs (bon marché) et de petits taxis (chers) stationnés aux mêmes endroits. Rachid est lui même l'exemple de cette mixité. Il vit chez ses parents, Moustapha et Zarhala, dans un quartier assez pauvre où les rues ne sont pas toutes goudronnées. Le confort dans la maison est spartiate, ils font actuellement des travaux d'agrandissement et n'ont pas de douche. Rachid m'explique l'importance de la famille au Maroc, qui est souvent un garde fou à la grande pauvreté, mais qui est aussi parfois une contrainte difficile à supporter. Fin de soirée autour d'un thé, que j'apprends à préparer à la marocaine.
07 septembre 2006
(Maroc) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 15 Eur
Rachid est génial, il a pris sa journée pour me faire visiter Casablanca. La ville en elle même est très occidentale, et mis à part la résidence du Wahali (sorte de préfet) et la statue de Lyautey, il n'y a pas grand chose. Mais la visiter avec Rachid change tout. Nous faisons quelques emplettes "techniques" pour la suite du voyage : journaux, livres, mousse à raser. Rachid me parle de sa vision de la vie, des "To Do List", de la nécessiré de fixer par écrit ses objectifs à court et moyen termes, si l'on veut un jour les atteindre. Il m'explique la différence entre connaissance et savoir, et insiste sur la nécessité d'apprendre et d'apprendre tout au long de sa vie, car "un savoir qui ne se complète pas chaque jour diminue tous les jours". Assomés par la chaleur, nous rentrons chez ses parents et j'ai droit à un cours d'arabe avec Zarhala. Moustapha, le père de Rachid, me parle de l'Arabie Saoudite, où il a séjourné plusieurs années. Nous partageons une soupe traditionnelle (Hassowa) à base de blé et de lait, sur la terrasse avant de nous coucher.
08 septembre 2006
(Maroc) Kms parcourus : 230 ; Argent dépensé : 10 €
Je reprends ma route direction Marrakech. Rachid m'aide à sortir de Casablanca, les adieux sont encore difficiles. Je suis rapidement pris en stop par Saïd qui m'emmène au volant d'une grosse Mercedes, 40 km plus loin. C'est un grand agriculteur, il possède plusieurs fermes dans la région et a effectué ses études à Grenoble ! Il m'ouvre son carnet d'adresse et me promet un logement gratuit à Agadir, Layoun et Dakhla. Au moment de le quitter, il me force à accepter 200 dirhams, petit coup de pouce pour la suite du voyage. Nouvelle rencontre magique avec Hamid, dernier rejeton d'une famille de 10 enfants, il est aide-vétérinaire. Il m'offre le thé dans sa voiture et évoque ses difficultés pour vivre, ses tentatives avortées pour rejoindre l'Espagne, caché sous des camions. Un couple italiano - marocain m'emmène enfin jusqu'à Marrakech. Les paysages sont désormais très arides, la terre est rouge et nous essuyons une petite tempête de sable à l'entrée de la ville impériale. Je trouve une auberge pas chère près de la médina et rencontre un groupe sympatique d'étudiants belges. Nous passons la soirée ensemble, ils m'éclairent sur les problèmes entre flamands, wallons et bruxellois, autour d'un bon couscous.
09 septembre 2006
(Maroc) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 11 €
Petit déjeuner sur la terrasse de l'hôtel puis je descends sur l'immense place Jamaa El Fna de Marrakech, où je découvre les célèbres charmeurs de serpents, flûte au bec, qui essaient de faire monter vers le ciel leurs cobras. Folklore amusant quand on sait que les serpents ont un système auditif quasi inexistant ! Je m'enfonce ensuite dans le souk, très coloré et je rejoins le quartier des tanneurs. Un marocain me fait une rapide visite, entre les différents réservoirs où trempent des peaux de chèvres, moutons, dromadaires voire gazelles. L'école coranique Medersi Ben Youssef est toute proche, je m'y repose à l'ombre de grands murs, décorés par des versets du Coran. La chaleur devient vraiment accablante, je me réfugie sur la terrasse de l'hôtel pour entamer sérieusement le Père Goriot. Avec le retour de températures supportables, je plonge de nouveau dans la grande Jamaa El Fna, bondée de monde. Conteurs publics (en arabe malheureusement), spécialistes du hénné et presseurs d'oranges animent l'endroit. Malgré tout cela, Marrakech me déçoit. Certes la ville est superbe mais elle est vraiment trop touristique : la multiplication de lignes aériennes bon marché déverse quotidiennement sont lot d'européens-consommateurs, qui font une pause à Marrakech, avant de partir pour des treks "pour toutous" (l'expression est de mes amis belges) dans le désert. Je finis la soirée au calme, sur la terrrasse, avec un français venu s'approvisionner en vêtements qu'il remonte ensuite à Rouen, dans son magasin. Nuit à la belle étoile, sur la terrasse, c'est deux fois moins cher et plus agréable.
10 septembre 2006
(Maroc) Kms parcourus : 325 ; Argent dépensé : 4 €
Départ de Marrakech de bonne heure, direction Essaouira, sur la côte. Je suis pris rapidement par un marocain, vêtu d'une djellabah blanche, l'air austère, la barbe vieille de 6 mois. Le genre de fanatique que l'on ne souhaite pas croiser. Les apparences sont trompeuses et même si il parle peu, il est assez ouvert et m'offre une omelette que je déguste pour la première fois sans couvert. Je visite rapidement la ville fortifiée et le port d'Essaouira, très joli. L'endroit, qui était un repère de hippies dans les années 70 a laissé la place aux surfeurs et aux touristes, qui viennent profiter de spots mondialement connus. Je quitte la plage d'Essaouira pour rejoindre celle d'Agadir et j'ai le droit à ma première expérience de mobylette - stop. Je suis ensuite pris par Moulay, qui dirige une société de travaux publics d'environ 600 personnes. Etude d'architecture en France, naturellement, puis il monte son affaire à son retour au Maroc. Il me parle de sa passion pour la chasse, dans une réserve privée qu'il possède, ou de la pêche, sur son bateau, dans les petites criques magnifiques. Nous route se faufile entre les falaises abruptes donnant sur l'Atlantique d'un côté et les champs d'arganiers de l'autre, célèbres pour leur huile. J'arrive dans la soirée à Agadir et retrouve Abdel Ellah, un collègue de promotion de Rachid, l'ami de Casablanca. Abdel n'a pas trouvé de travail dans son domaine, l'agronomie, alors il s'est reconverti en délégué médical. Son métier, que j'ignorais totalement, consiste à faire la promotion de nouveaux médicaments auprès de médecins, pour le compte d'UCB Pharma, une multinationale belge. Nous passons la soirée dans son nouvel appartement, à discuter de tout et de rien.
11 septembre 2006
(Maroc) Kms parcourus : 190 ; Argent dépensé : 23 €
Petit déjeuner dans un salon de thé en face de la mer puis Abdel Ellah me dépose à la sortie d'Agadir, direction Tan-Tan et Layoun, à plus de 600km. Je me retrouve sur l'unique route qui part vers la Mauritanie et les voitures sont plus rares, plus chargées et le stop marche donc moins bien. Un Grand agriculteur local me prend de nouveau en stop et me propose de l'argent. Cette fois, je refuse, je ne souhaite pas me "faire avoir" deux fois de suite. Je lui explique que l'argent n'a pas de saveur, ne laisse pas de souvenir, et je préfère qu'il m'offre un repas ou une nuit. Il me paie des brochettes et nous passons un bon moment autour d'un whisky marocain. Un thé, quoi ! Deux jeunes me poussent plus loin mais se trompent de route et je dois faire 25 km sur mes pas. Je maugré dans ma barbe de deux jours, mais les gars sont prêts à me payer le taxi pour revenir. Tout cela s'annonce long, je vois passer une petite voiture, avec la plaque d'immatriculation rouge du corps diplomatique. Je suis poussièreux, tout en sueur, mais je tente ma chance, Inch Allah. Après m'avoir "testé", je me retrouve en compagnie de M. MSHAI, ambassadeur à la retraite du Maroc en Finlande, accompagné d'un ami. Son excellence est enthousiasmé par mon projet et me donne les coordonnées de son homologue à Dakar, qui pourra peut être m'aider à trouver un tanker pour rejoindre le Brésil. Les deux compères m'apprennent beaucoup de choses sur le Maroc, me parlent de leurs parties de stop en France, de leurs parcours respectifs. Je reste ensuite scotché au bitume, à Tiznit. Il y a de nombreuses possibilités, notamment avec les camions de pêcheurs qui descendent à Dakhla ou Nouakchott pour 30€ mais cette option est "trop facile". Si je paie, je perds toute la magie et le principe d'échange intrinsèque au stop. Je choisis donc la difficulté et je souffre dur en plein soleil. Après trois heures d'attentes, des marocains immigrés en Espagne me déposent à Guelmin, à 150 km de Tan-Tan. Il est déjà tard et le stop près de la porte du désert ne marche pas. Addou, surpris de voir un touriste ici, vient discuter et m'invite à passer la nuit chez lui et son frère. Moment superbe où je suis accueilli dans une famille traditionnelle. On m'offre le repas - un ragoût de viande - dans la salle commune, dont le sol est couvert de tapis de chèvres ou de moutons. Nous mangeons entre hommes, les filles de la maison s'affairent pour nous amener tout ce dont nous avons besoin. Promenade digestive dans la ville avec Addou qui évoque ses treks dans la Sahara, près de la frontière algérienne, avec des touristes.
12 septembre 2006
(Maroc) Kms parcourus : 430 ; Argent dépensé : 2 €
Je quitte avec regret Addou et son frère, leur hospitalité m'a fait chaud au coeur. Je suis pris rapidement par Mohamed et Abbid, deux contrebandiers qui font un traffic d'essence avec la ville de Tan-Tan, où l'or noir est deux fois moins cher, Sahara oblige. Ils ne parlent qu'arabe et chantonnent des airs sahraouis. Je leur donne la réplique avec des classiques français. Je reste ensuite bloqué à la sortie de Tan-Tan. Deux grosses caravanes françaises sont stationnées ici mais ils me prennent de haut et refusent de m'emmener. Un routier s'arrête et m'explique en espagnol qu'il ne peut pas me prendre, il risque une amende. Il cherche à me décourager et me prédit une semaine de stop pour rejoindre Layoune à 300 km. Je m'éloigne de ces oiseaux pessimistes et me plonge dans la lecture du père Goriot, pendant plus d'une heure. Un couple d'italiens se rendant au Burkina Faso me sort de ce pétrin et m'emmènent à Layoune, nous doublons le routier espagnol. Nous rencontrons les premières vraies dunes de sable blanc. En dépit d'une route en bon état, notre progression est lente : les dépassements de camions et les multiples barrages de police y sont pour beaucoup. J'arrive à la tombée de la nuit à Layoune, je passe un coup de fil à Mohamed, un ami de promotion de Rachid, qui m'accueille chaleureusement. Nous partageons un thé, invitons une petite fille d'à peine 7 ans à la table. Elle est très fière d'être sahraouie. Elle habite Layoune, mais pas le Layoune marocain, le Layoune du Polisario, le mouvement indépendantiste sahraouie ! Mohamed me paie l'hôtel, il ne peut pas m'héberger chez lui, il craint la police. L'hôtel est crasseux, la chambre est le paradis des blattes. Le bonheur, quoi !
13 septembre 2006
(Maroc) Kms parcourus : 495 ; Argent dépensé : 1 €
Je retrouve Mohamed le matin, il m’offre le petit déjeuner et nous discutons de la situation politique au Sahara. Jusqu’en 1975, le Sahara « occidental » était espagnol. Hassan II réussit alors un coup de génie politique, la Marche Verte. Des milliers de marocains civils envahissent et occupent le territoire. In fine, le Maroc s’octroie les deux tiers du Sahara, la Mauritanie le tiers restant. Mais rien n’est réglé. L’Algérie a aussi des vues sur le Sahara – potentielles réserves de pétrole et fenêtre maritime sur l’Atlantique – et soutient le Polisario, mouvement indépendantiste sahraouie. Mohamed m’explique, en jetant constamment des coups d’œil derrière moi, que depuis un an, il y a des manifestations régulières de sahraouies à Layoune, ce qui explique la présence policière à tous les coins de rue et la paranoïa (méfiance ?) de mon ami. Je reprends la route avec pour objectif Dakhla – se prononce Darrla, comme dans Khaled. Après trois voitures, je monte à l’arrière d’un pick-up où se trouvent déjà six marocains. Aucun ne parle français mais ils sont chouettes et je m’avachis parmi eux. A midi, nous partageons par tablée de quatre une tagine accompagnée de galettes de pain. On reprend la route, les barrages s’enchaînent sans encombre. J’aperçois soudain un traffic immatriculé en France. Grand signes au type, qui se met à la hauteur du pick-up, sur la voie de gauche. Et je négocie ainsi, en hurlant pour qu’il m’entende, la suite de mon voyage jusqu’au Sénégal ! Eddy part s’installer à Thiès, à 70 km de Dakar. Il est électro-mécanicien de formation et suite à un problème de cœur, il a tout plaqué. Il est heureux de pouvoir discuter, et moi aussi. Nous nous arrêtons à la tombée de la nuit, après avoir passé Dakhla, près de falaises, pour un coucher de soleil splendide.






















