18 septembre 2006
(Sénégal) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 1€
Journée de repos et de farniente à Thiès. J'essaie de mettre à jour mon blog, entre les coupures d'électricité. Passage express au marché du "plus malin" pour acheter une moustiquaire et un ventilateur pour Eddy. Lamine, le chef de la famille où je suis hébergé, nous emmène dans son champs à la périphérie de Thiès, et me donne une leçon sur la culture du manioc. Retour à la maison, autour d'un bon thé - une demi heure de préparation, il faut être patient - et échange intéressant sur la politique au Sénégal. C'est ici le sujet n°1 des discussions, tout le monde a son avis et l'explique avec conviction. La participation au débat démocratique a lieu partout, dans la rue, sur les murs des batiments. Cela contraste avec la France ! Ici, pas de risque que cela se finisse en engueulade générale. Les sénégalais ont l'humour dans le sang et savent rire de leurs problèmes. Fin de soirée sur la terrasse, à discuter de l'aviation sénégalaise avec un militaire, proche de la famille. C'est assez folklorique, la chasse sénégalaise se réduit à un avion Rallye (?) qui permet de faire de la reconnaissance !
19 septembre 2006
(Sénégal) Kms parcourus : 400 ; Argent dépensé : 10€
Je souhaite aujourd'hui me rendre à Touba, à 200km de Thiès. Cette ville tient une place particulière dans le coeur des sénégalais car elle a accueilli le cheikh Amadou Bamba. Ce grand marabout est à l'origine du mouridisme, un courant de pensée pacifiste, basé sur le partage, le travail en commun et l'humilité vis à vis des autres. A Touba, on ne paie pas pour obtenir un terrain et l'eau est gratuite pour tous. Au fil des années, le petit village de Touba est en passe de devenir la deuxième ville du pays, après Dakar, avec un poids économique et démographique de plus en plus important. Des centaines de fidèles du Cheikh, les talibe, se rendent à Touba pour faire des offrandes car "plus l'on donne, plus l'on recevra". Le phénomène du mouridisme dépasse largement Touba et l'on peut trouver, sur presque tous les taxis et camions du pays des références au Marabout. Je me rends dans la ville sainte en taxi 7 places afin de visiter la grande mosquée et la bibliothèque du Cheikh, qui était aussi un grand poète. La richesse des lieux est impressionnante. Je rencontre quelques fanatiques, les Bayfall, prêts à mourrir pour le Cheikh. Retour à Thiès pour une soirée tranquille autour d'un Djibou Djen, pour changer.
20 septembre 2006
(Sénégal) Kms parcourus : 70 ; Argent dépensé : 5€
La vie à Thiès est reposante mais un peu trop monotone à mon goût. Les journées sont rythmées par les repas, le nettoyage de la maison, les discussions autour d'un thé. J'ai besoin d'action et je décide de quitter ma "famille d'accueil" pour rejoindre Dakar. Le temps de se mettre en branle, je quitte Thiès il est 17h00. Au revoir émouvant à Eddy, que je suivais depuis Layoune au Maroc. Le stop ne marche pas, le soleil est déjà bas sur l'horizon, je prends un taxi collectif pour 2€. L'arrivée à Dakar est horrible, la ville est complètement congestionnée et nous perdons beaucoup de temps dans les bouchons et la pollution. Nous sommes pare-choc contre pare-choc et un camion, - que dis-je, une épave - suite à un problème d'embrayage, défonce l'arrière de notre taxi avant d'emboutir deux autres voitures. Changement de taxi, j'arrive de nuit chez Alexis, un ami de Joseph, qui m'accueille chaleureusement. Soirée tranquille à la terrasse d'un bar.
21 septembre 2006
(Sénégal) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 12€
Petit déjeuner dans la rue, où l'on se fait beurrer le pain et servir un café Touba pour moins de 0.50€ ! Alexis m'emmène ensuite visiter le marché aux vêtements où le jeu consiste à chercher pendant des heures un morceau de tissu dans des tas plus ou moins hétéroclytes. Direction ensuite l'île de Gorée, au large de Dakar. Ce bout de terre, classé patrimoine mondial de l'humanité, est aussi connu sous le nom d'île des esclaves. Il s'agissait d'un point stratégique dans la traite négrière et le commerce triangulaire. Les bateaux partaient des ports européens (Liverpool, Nantes, Pays Bas, Portugual) avec des objets en tout genre qu'ils échangeaient contre des esclaves sur les côtes africaines. Commençait alors une traversée sans retour vers les Amériques où les noirs étaient échangés contre du coton, du café, des épices qui repartaient vers l'Europe. Joseph, charismatique conservateur de la Maison des Esclaves nous retrace ce génocide qui a duré plus de 4 siècles. Moment émouvant dont on ressort avec une phrase en tête : "Plus jamais cela". Nous nous balladons avec Alexis dans l'île, minuscule mais superbe. Sur la petite plage de sable, des femmes sénégalaises dansent le Mbala. Retour à Dakar et visite à pied des différents quartiers de Dakar. Je rentre épuisé à l'appartement, la chaleur est toujours aussi étouffante.
22 septembre 2006
(Sénégal) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 3€
Je souhaite commencer au plus tôt mes recherches pour rejoindre l'Amérique du Sud. L'idée est de faire la traversée par voie maritime, Dakar est en effet la pointe la plus proche du Brésil. Nous nous rendons tout d'abord au Cercle de Voile de Dakar (CVD) où Alexis a un contact. L'endroit est reculé du vacarme et de la pollution de la ville, c'est un havre de paix où se reposent les vieux loups de mer, avant de repartir écumer leurs retraites sur les océans du monde. Le moment ne semble pas propice, la plupart des voiliers attendent le retour des Alyzées, en janvier, pour rejoindre le Brésil. Un type me propose une place pour aller en Martinique dans un mois. J'espère que je serai déjà loin à ce moment là. Je dépose une annonce, sans illusion. Cette piste étant compromise, je tente ma chance auprès des différents armateurs. Dakar est, avec Abidjan, l'un des ports les plus importants d'Afrique de l'Ouest et il y a de nombreuses possibilités vers le Brésil. C'est un vrai jeu de piste, il faut d'abord trouver le bon endroit, puis franchir les différents obstacles (sécurité, personnel fatigué et fatiguant) pour arriver au bon interlocuteur. Enfin, il faut expliquer, convaincre, rebondir sur les refus pour tirer quelque chose de positif : un autre contact, une autre piste. C'est éreintant, sur trois compagnies, une seule n'a pas refusé et va étudier ma demande. Le résultat de la journée est maigre, il faut persister ! Je passe la fin de soirée à rédiger mon carnet de route, à l'appartement.
23 septembre 2006
(Sénégal) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 7 euros
Nous repartons, de bon matin, avec Alexis pour démarcher les armateurs et les compagnies qui affrêtent les bateaux. Nous sommes samedi, tout est fermé, nous remettons cela à lundi. L'option aérienne me semble de plus en plus probable, je prends les renseignements pour les vols vers Rio de Janeiro. Je tente ensuite ma chance auprès de M. TAGMA, ambassadeur du Maroc à Dakar, que M. MSHAI (voir billet au Maroc) m'avait recommandé lors d'une partie de stop. Je passe les différents "sas", jusqu'au consul. Il prend note de ma requête mais M. l'ambassadeur ne peut pas me recevoir, il est en réunion. Je n'en crois rien, mais il y a un protocole à respecter, un rendez-vous à prendre. On ne se tape pas l'incruste chez l'ambassadeur comme ça ! Je rentre, en compagnie de Pamphil, un ami d'Alexis, et nous discutons de ses projets de documentaires sur la folie et le subconscient. Le moral est bien bas ce soir, je file rapidement me coucher, les musulmans font un ramdam, héhé, du feu de Dieu dehors. Le ramadan commence demain.
24 septembre 2006
(Sénégal) Kms parcourus : 0 ; argent dépensé : 2 Eur
Journée de repos. Après avoir mis à jour mon blog dans un cybercafé bondé, entouré de mômes qui jouent à se tuer, nous filons chez Flavian, un cousin d'Alexis, qui travaille à la Senelec, société nationale d'électricité. Il nous offre le repas dans sa maison en construction. Ici, on n'attend pas d'avoir bouclé le budget pour commencer les travaux. On fait avec ce que l'on a et on attend les rentrées d'argent pour achever le boulot ! Discussion sympa, allongé sur un matelas, sur la terrasse. Retour à l'appartement by night.
25 septembre 2006
(Sénégal) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 2 Eur
Nous sommes lundi, l'activité économique reprend mollement à Dakar, nous sommes en période de ramadan. J'abats ce matin mes dernières cartes auprès des compagnies de transit, SDV, Maersk, Roro Oceanic et Antrak. Résultat : deux adresses email d'armateurs à contacter. Un tour au cybercafé et je me raccroche faute de mieux au dicton anglais : Wait and See. Je me donne deux jours pour avoir une réponse. Après quoi, je prendrai l'avion, je ne souhaite pas moisir à Dakar. Je passe l'après-midi à lire et à éplucher la presse sénégalaise, notamment l'Aurore. J'apprends beaucoup de chose sur Leopold Sedar Senghor, poète de l'action, à la fois homme d'état et intellectuel sénégalais. Sa pensée me plaît beaucoup. Il insiste sur l'enracinement culturel, qui doit s'enrichir de l'ouverture aux "apports fécondants" des autres cultures, des autres civilisations. Et cette ouverture conduit nécessairement au métissage, qui constitue le fondement, la raison d'être de la Civilisation de l'Universel. L'enracinement sans l'ouverture conduit irrémédiablement à la ghettoïsation, au racisme, à la guerre. Senghor est bien placé pour le savoir, il est passé par les camps de concentration durant la Seconde Guerre Mondiale. Je m'endors sur ces paroles philosophiques.
26 septembre 2006
(Sénégal) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 1 Eur
Nouvelle journée d'attente et de repos. Je profite de ce temps libre pour visiter l'imprimerie Saint Paul à Dakar, où travaille Armand, de la famille d'Alexis. L'odeur de l'encre et des solvants commençait à me manquer ! Nous sommes reçus comme des hôtes de marque et avons le droit à une visite de tous les départements de l'entreprise. Je découvre des métiers et des machines qui ont disparu en France avec la révolution du numérique. Ils possèdent de vieilles presses Heidelberg, qui impriment en typographie ou en offset, l'ambiance est magique. Soirée sur la terrasse, à l'appartement, avec Pascal à la guitarre.
27 septembre 2006
(Sénégal) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 1 Eur
Les nouvelles ne sont pas bonnes ce matin au cybercafé. Un armateur vient de m'envoyer une fin de non recevoir. Positivons, l'avion c'est bien aussi... Retour à l'appartement, où je rencontre Gabriel, um ami de Pamphil, qui est artiste sculpteur sur l'île de Gorée. Il connaît très bien la France et a eu l'occasion de voyager en Europe et de rencontrer des gens passionnants. Notamment un énigmatique et riche mécène australien, qui lui rend visite tous les deux ans à Gorée, pour acheter des millions sa maison qui n'est pas à vendre. Ce retraité ne lui a jamais dévoilé ni son nom ni ses activités passées, ni ce qu'il projette de faire. Il s'agit d'un philanthrope qui soutient financièrement et ponctuellement des initiatives dans le domaine médical, en Afrique et un peu partout dans le monde. Sans jamais laisser une carte de visite ni une trace derrière lui. C'est superbe, tout simplement ! Soirée bien arrosée avec Flavian et Alexis, dans la banlieue de Dakar, autour d´un plat de Guinée Bissau. C´est aussi cela qui est magique à Dakar, tous les pays africains sont représentés. La stabilité politique et la vitalité de la démocratie sénégalaise y sont sûrement pour quelque chose. Dans la soirée, je reçois un mail pas tout à fait négatif pour le Brésil. Je décide d´attendre 24h supplémentaires.






















