08 novembre 2006
(Pérou) Kms parcourus : 400 + 1016 , Argent dépensé : 150 Eur
Mon ras-le-bol de la foret amazonienne et du climat tropical est profond, je décide de suivre mes compagnons de route francais et d´accélérer la manoeuvre. En mettant la main au portefeuille nécessairement mais cela me permet de gagner une semaine au moins et surtout de préserver ma santé morale. Nous embarquons donc de bon matin sur un hors-bord et rejoignons Iquitos au Pérou en 11 heures. Iquitos se trouve encore au beau milieu de la foret amazonienne et n´est relié á aucune route. L´option "root" aurait consisté á rejoindre Pucallpa, au sud, sur un bateau plus proche d´un bétaillére que d´autre chose. Pour toutes les raisons que j´ai expliqué précédemment, je ne le souhaite pas. L´avion sera trés bien, nous sautons dans le premier 737 pour Lima oú nous arrivons en pleine nuit. Notre taxi driver nous trouve une auberge backpacker confortable dans le quartier huppé de Miraflores.
09 novembre 2006
(Pérou) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 20 eur
Visite de Lima aujourd´hui. La capitale péruvienne se révéle plus jolie que ce que je pensais, meme si le gris prédomine. Cela est du en partie au garúa, un brouillard cotier omniprésent, conséquence physique du courant froid Humboldt qui remonte du Pacifique Sud. Nous visitons la cathédrale située sur la Plaza de Armas, dans laquelle se trouve la dépouille de Francisco Pizarro, la tete en moins. Cet espagnol mal dégrossi a mis fin á l´Empire Inca, dans le sang, en 1535. Il finira décapité par ses compatriotes, aprés avoir tenté de s´affranchir de la Couronne. Nous visitons ensuite l´Eglise et le monastére San Francisco, connu notamment pour ses catacombes. Fin d´aprés midi á déguster des churros puis promenade vespérale le long du Pacifique afin d´assister á un combat de coq. Nous arriverons malheureusement trop tard et noierons notre désespoir avec des biéres et de délicieux Ceviche (fruits de mer, accompagnés de riz, pomme de terre, oignons). Je repars demain en stop et nous avons convenu, avec mes amis francais, de nous retrouver á Cuzco dans quelques jours afin de randonner ensemble dans les Andes. ¡Hasta luego amigos!
10 novembre 2006
(Pérou) Kms parcourus : 300 ; Argent dépensé : 7 Eur
Le stop reprend ce matin, aprés une pause de quinze jours. Je rejoins en taxi collectif la Panaméricaine puis prends un bus pour sortir de Lima. Commence ensuite l´attente, toujours un peu angoissante lorsque l´on léve le pouce pour la premiére fois dans un pays inconnu. Au bout d´une heure, c´est le soulagement, un pick-up s´arrete et me pousse jusqu´á ce que l´essence vienne á manquer. J´enchaine ensuite cinq trucks et arrive á Ica dans la soirée. Toute la bande cotiére que j´emprunte au Pérou est désertique. Un désert de sable, qui ne s´interrompt qu´en de rares occasions, autour de rios et de petites oasis. Restaurant et auberge á Ica, le tout pour 4 Eur.
11 novembre 2006
(Pérou) Kms parcourus : 270 ; Argent dépensé : 6 Eur
Petit déjeuner économico sur la Plaza de Armas puis je pars visiter le musée régional, dans la banlieue d´Ica. Je suis un peu en avance et attends l´ouverture en compagnie de collégiennes, heureuses de discuter avec un gringo. Le musée est trés riche, j´apprends beaucoup de choses sur les différentes civilisations qui ont précédées les Incas : Paracas (2000-200 av JC), Nazca (200 av JC - 600 ap JC), Wari (600-1000 ap JC) et Inca (1450-1535). Les Incas ont finalement régné moins d´un siécle mais leur empire s´étendait du sud de la Colombie et de l´Equateur au nord du Chili, en passant par la Bolivie. Je reprends ensuite la route direction Nazca. Deux agriculteurs locaux me déposent á Santiago, un village perdu oú le stop ne marche pas fort. J´explique mon probléme á des locaux qui m´emménent au poste de police. Je discute prés d´une demi heure avec le brigadier chef, lui explique ma démarche. Le stop est interdit me dit-il, mais il finit tout de meme par prendre son air sérieux et son baton fluorescent pour arreter le premier camion venu ! J´ai de la chance, Alberto et Roberto m´acceptent gentiment et me déposent au milieu de la pampa, au pied du mirador. De lá haut, on peut observer les fameuses lignes de Nazca, tracées il y a plus de mille ans et qui représentent des animaux, des hommes. Elles ne sont visibles que du ciel et leur élaboration tout comme leur signification restent aujourd´hui encore un mystére. Je reprends ensuite le stop et quitte la Panaméricaine au niveau de Nazca pour rejoindre Cuzco. L´ancienne capitale Inca se mérite : 650 km, sur des routes sinueuses de montagne. Freddy me prend gentiment á bord de son camion qui affiche pas plus de 10 km/h dés que la pente raidie. Le paysage est grandiose, je suis pour une fois heureux d´avancer si lentement. Freddy me dépose á minuit dans un petit village oú je trouve, aprés avoir un peu galéré, une chambre chez l´habitant.
12 novembre 2006
(Pérou) Kms parcourus : 500 ; argent dépensé : 5 Eur
Réveil de bonne heure, la nuit n´a pas été excellente, c´est un euphémisme. Je me poste à la sortie du village et Felix accepte aussitôt de m´emmener jusqu´à Cuzco. Nous passons des lacs d´altitude superbes, autour desquels paturents des lamas et des alpacas. Sur le bord de la route, à plus de 3000m, quelques enfants mendient auprès des rares véhicules qui passent. Felix s´arrête systématiquement, leur jette deux pièces et quelques mots gentils en quechua. Le castillan n´est pas très courant ici. La route que nous empruntons est un axe secondaire, bitumé assez récemment et qui était réputé dangereux dans les années 1980-1990, en raison du terrorisme. Le Sentier Lumineux et le MRTA (Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru) y opéraient joyeusement à l´époque. Aujourdh´hui, c´est très calme, les deux mouvements sus-nommés ne font presque plus parler d´eux (merci Fujimori) et l´on peut apprécier les paysages sans craindre une balle perdue. Felix me laisse finalement à 150 km de Cuzco, je saute dans un autre camion et arrive dans la capitale Inca à 4h00 du matin. Nuit dans un petit hôtel, en banlieue.
13 novembre 2006
(Pérou) Kms parcourus : 0 ; argent dépensé : 6 Eur
Petit déjeuner pour reprendre mes esprits, près de la place d´Armes de Cuzco. L´ancienne capitale Inca, située à 3330m d´altitude est superbe. C´est une ville coloniale espagnole, avec ses églises, ses arcades et ses touristes, en très grand nombre ! Je commence par donner de mes nouvelles par Internet puis pars arpenter la ville. Cuzco - le nombril du monde en quechua - fut fondée selon la légende au XIIème siècle par le premier Inca, Manco Capac. Après 1535, les conquistadors ont complètement refaçonné la ville mais les traces de l´ancien empire Inca sont omniprésentes : ruelles étroites, fondations des batiments et ruines juste au dessus de la ville. Je visite dans la soirée le marché de Cuzco, très local : marchands de tissus (très important dans la culture quechua), de fromages, de fruits, de meubles. Nuit dans un hôtel bon marché près de la place d´Armes où je rencontre des Alençonnais en vacances. Le monde est petit !
14 novembre 2006
(Pérou) Kms parcourus : 200 ; argent dépensé : 10 Eur
Objectif aujourd´hui : rejoindre le Machu Picchu. La tâche est ardue si l´on ne veut pas passer par une agence spécialisée et débourser 150 US$. Le plus difficile, comme souvent, est de trouver l´information. Max, rencontré à l´hôtel avec ses beaux parents alençonnais me donne une piste. Officiellement, le seul moyen de rejoindre le Machu Picchu est un train qui coûte horriblement cher pour les gringos et trois fois rien pour les locaux. L´idée est donc de contourner la vallée sacrée des Incas pour rejoindre le village de Santa Teresa. De là, on peut atteindre à pied la cité oubliée. Première étape, trouver un bus pour rejoindre Santa Teresa. Après avoir essuyé une kyrielle de "no sé", un lycéen péruvien accepte de m´aider et je pars dans un bus défoncé, sur une route tout aussi défoncée. La "route" contourne des sommets encapuchonnés de neige, c´est magique. Arrivée de nuit á Santa Maria d´où je prends un pick-up pour rejoindre par la piste Santa Teresa. Les restaurants sont fermés lorsque j´arrive, je n´ai pas le courage de me préparer quelque chose et m´endors le ventre vide.
15 novembre 2006
(Pérou) Kms parcourus : 25 ; argent dépensé : 40 Eur
Je me réveille à l´aube et pars d´un pied ferme, en solitaire, pour le Machu Picchu. Les locaux m´ont annoncé 4h de marche, soit environ 20 km. Le sentier longe la rivière Urubamba. A mi-chemin, le chemin s´interrompt et j´arrive dans une gare minuscule. Je suis accueilli chaleureusement par des policiers péruviens qui s´ennuient à mourrir dans ce trou. Ils m´offrent gentiment la douche - dois-je en conclure que je commence à sentir très fort ? - et me conseillent de poursuivre à pied, sur les rails, le prochain train ne partant que dans six heures. Deux nouvelles heures de marche où je ne peux m´empêcher de pester contre les ingénieurs qui ont conçu cette ligne ferroviaire. La distance entre deux ballastes transversales n´est pas celle d´un pas et je trébuche sans cesse, ce qui ralentit de façon non négligeable ma progression. Une fois arrivé au pied de la montagne du Machu Picchu, le chemin de croix n´est pas terminé. Je dois rejoindre Aguas Calientes (2 km aller-retour) pour acheter mon billet d´entrée dans le parc (30 euros). Puis commence l´ascension de la colline, en compagnie de Kim, un malaysien dans la même galère que moi et qui refuse lui aussi de payer la navette en bus. Le dénivellé n´est pas énorme - 300 ou 400m - mais ce sont des marches et pour compliquer l´affaire je porte mon sac, qui va bien chercher dans les 15 kg. Je perds des litres de sueur. A mi-hauteur, l´effort est tellement violent que mon ventre me lâche. J´arrive tout tremblant et tout faible à l`entrée du parc. Le site est grandiose, entouré de montagnes qui dominent la cité oubliée. Oubliée, elle le fut durant de nombreuses années ; c´est seulement en 1911 que l´historien américain Hiran Birgham la découvrit. Promenade toute la journée avec Kim, autour du Temple du Soleil, des bains cérémoniaux, des cultures en terrasses, de la sculpture du Condor etc. Durant toute la journée ma tourista ne s´est pas calmée et je résiste comme je peux aux assauts de mon ventre. Je redescends à pied et rejoins Aguas Calientes, sur les rotules.
16 novembre 2006
(Pérou) Kms parcourus : 150 ; argent dépensé : 35 Eur
Je n´ai pas le courage de retourner à pied à Santa Teresa et décide donc de rejoindre Cuzco en train via Ollantaytambo, petit village superbe, au début de la vallée sacrée des Incas. Il est construit sur les fondations traditionnelles Incas avec tout un système de canalisations au milieu des rues, afin de distribuer l´eau dans toute la ville et les champs avoisinnants. Au détour d´une ruelle, j´entame la discussion avec une vieille dame péruvienne transportant un gros sac en toile de jute sur son dos. Elle m´invite à venir visiter sa maison et je me retrouve en fait (je n´avais pas tout compris) dans une boulangerie, avec four au feu de bois. J´assiste avec un bonheur indicible à la fin de la fournée. Les deux boulangers m´offrent un de leurs petits pains ronds, légèrement sucrés et encore chaud. C´est délicieux ! Je pars ensuite visiter les ruines Incas d´Ollantaytambo, célèbres pour avoir abritées Manco Inca, l´un des derniers Incas. Ce dernier infligea une défaite temporaire aux hommes de Pizarro, depuis les terrasses de la forteresse et après avoir inondé le bas de la ville. Retour en fin d´après midi à cuzco, avec les transports en commun locaux. Je retouve mes amis français de Manaus et nous nous rendons au marché afin de préparer notre trek du lendemain pour Choquequirao, l´autre Machu Picchu.
17 novembre 2006
(Pérou) Kms parcourus : 0 ; argent dépensé : 15 Eur
Nuit très très difficile. La tourista m´a assailli toute la nuit. Est-ce le froid dans la chambre ou le contre-coup de l´investiture de Ségolène à la présidentielle au PS ? Je n´en sais rien mais je ne suis pas en grande forme ce matin, à 5h00, lorsque je retrouve mes français. Cela ira, tout est question de volonté, me dis-je. Nous partons à 6h00 de la gare routière. Mon état se dégrade au fil des minutes et je fais arrêter le bus peu après avoir quitté Cuzco, non sans avoir au préalable restitué mon maigre petit déjeuner. Je me pose sur le bord de la route, plié en deux par la douleur. Ce qui me fait presque le plus mal, c´est de ne pas pouvoir faire ce trek à Choquequirao. Ce site n´a été découvert que très récemment, sa superfie est plus grande que le Machu Picchu et seul 30% du site est accessible et dégagé. Mais je ne peux pas lutter et le bus repars sans moi. Des policiers péruviens me ramassent à la petite cuillère et je comate une heure dans leurs locaux. Je redescends en omnibus à Cuzco, direction l´hôpital régional, où j´apprends la signification du faux amis "esperar" (attendre). Après plusieurs heures donc, un médecin bredouillant trois mots d´anglais m´osculte et assène son diagnostique : infection intestinale. Muchas gracias, oui, en effet, je confirme. Retour à l´hôtel où je m´effondre après avoir ingurgité quelques médicaments et une soupe chinoise, seule chose autorisée par le médecin.






















