09 décembre 2006
(Chili) Kms parcourus : 150 ; argent dépensé : 10 Eur
Je quitte San Pedro de Atacama afin de rejoindre Calama où je souhaite visiter la gigantesque mine de cuivre. Je suis rapidement pris en stop par un mécanicien travaillant pour un consortium mondial de recherche spatial, au nord du Chili. La région se prête en effet aux expériences peu communes : la vallée de la lune, la vallée de la mort ont des paysages semblent appartenir à d’autres planètes. Arrivé à Calama, j’apprends que les visites ne sont que du lundi au vendredi. Deux jours de repas forcés, c’est très bien. Je peux rattraper mon retard sur mon blog, lire et me plonger en douceur dans une nouvelle culture. Je rencontre dans la soirée deux jeunes allemands, au Chili pour un an. Nous discutons en espagnol – je crois rêver – et Vasco me propose au bout de cinq minutes de loger chez lui à Valparaiso lorsque je passerai. Comme cela, tout naturellement, sans aucune manière. Es lebe Deutschland !
10 décembre 2006
(Chili) Kms parcourus : 0 ; argent dépensé : 12 Eur
Journée tranquille, sur Internet et à lire la presse. La Nacion Domingo titre « La Resurreccion del Dictador ». Le cas Pinochet continue de hanter et de diviser les chiliens. Je découvre avec stupeur des photos très récentes du « caudillo » lors de son anniversaire, entouré de députés et de sénateurs de droite, tout sourire. Comment cela est-ce possible ? Moi qui le croyait totalement isolé… Visiblement, Pinochet semble toujours vénéré par une partie de la droite chilienne qui voit en lui le père du miracle économique et l’ancien garde fou au communisme. Malgré tout ce que l’on sait d’affreux sur cet homme, le péril rouge est toujours fédérateur. La bêtise humaine n’a donc t-elle pas de limite ? Coup de théâtre, dans la soirée, j’apprends par Internet la mort du dictateur. C’est la fin d’un long feuilleton diplomatico-politico-judiciaire. Arrêté à Londres en 1998, il revient au Chili en 2000 où il est mis en résidence surveillée. Son siège de sénateur à vie et les nombreuses lois d’immunité qu’il a fait voter à la hâte après le référendum perdu de 1988 compliquent sa mise en accusation. Il joue également de son état de santé précaire pour rester à distance de la justice. Petit rappel de son dossier, bien chargé : coup d’état en 1973 contre Salvador Allende ; les caravanes de la Mort en octobre 1973 où le général Sergio Arellano sillonne le Chili à bord d’hélicoptères à la recherche de militants de gauche ; l’opération Colombo ; l’opération Condor, en coopération avec les autres dictatures sud-américaines ; de nombreuses exécutions sommaires d’intellectuels, journalistes, militants de gauche (estimées à 3000 en tout), des centaines de milliers de personnes torturées par la DINA (police secrète sous Pinochet) notamment l’actuelle présidente Bachelet. Et ce sale type a réussit malgré tout à passer à travers les mailles d’une justice trop lente… L’Histoire jugera mais je suis néanmoins bien triste que cela finisse ainsi. Les chiliens méritaient mieux.
11 décembre 2006
(Chili) Kms parcourus : 0 ; argent dépensé : 13 Eur
La motivation est à son comble ce matin, je suis à 8h00 à Chuquicamata, prêt à visiter la mine. Mon ardeur retombe vite, la première visite est à 14h. Chuquicamata est un trou où il n’y a absolument rien. Pas même Internet, c’est dire mon désespoir. Enfin, cela m’apprendra à snober les guides touristiques. Comme il faut toujours tirer quelque chose de positif des situations les plus foireuses, je rédige quelques lettres pour la famille et les amis. La visite commence enfin et est menée tambour battant par Claudia, superbe chilienne à l’anglais irréprochable. La mine de Chuquicamata est la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert au monde. Le cratère est impressionnant, tout comme la taille des camions de déblaiement qui évacuent les pierres où ne résident que 1% du précieux métal. A la fin du processus de purification, les plaques de cuivre à 99,99% de pureté sont exportées partout dans le monde, par voie maritime. Pour la petite histoire, toute cette partie du nord du Chili, riche en métaux, appartenait avant à la Bolivie, qui possédait du même coup un accès au Pacifique. La bataille pour le désert a eu lieu en mer, avec la Guerre du Pacifique (fin 19ème), remportée par le Chili contre le Pérou et la Bolivie. L’affaire n’est pas encore complètement réglée, elle continue de polluer les relations entre le Chili et la Bolivie et Evo Morales continue d’exiger un dédouanement de tous les camions boliviens se rendant dans les ports chiliens, notamment Antofagasta. Dernière nuit à Calama, à mon grand soulagement. C’est vraiment trop triste les villes-dortoir minières.
12 décembre 2006
(Chili) Kms parcourus : 750 ; argent dépensé : 1 Eur
Départ de Calama ce matin avec un objectif : Valparaiso, 1500km plus au sud, près de Santiago. Je suis rapidement pris par une camionnette. Belle frayeur lors de la descente vers Antofagasta, Nelson est très fatigué et pique du nez. Les fenêtres grande ouvertes et la musique à tue-tête suffisent à peine à le tenir éveiller ! Il me dépose à l’entrée d’Antofagasta où je retrouve la Panaméricaine, que j’avais quitté à Nazca au Pérou. Un camionneur me pousse 20km plus loin et au moment de descendre, le type me taxe le parapluie, pour le service rendu. Dans l’un des déserts les plus secs au monde, où l’on n’a pas enregistré une goutte d’eau depuis des décennies, cela fait sourire. Il pourra s’en servir pour le soleil, si il ne craint pas le ridicule. Pas le temps de souffler, je repars aussitôt avec Carlos. Je le branche au cours de la discussion sur la religion et je touche là un point sensible. Carlos est très pieux et fait partie d’une église Evangélique. La discussion est fort intéressante même si je ne le suis pas sur beaucoup de points. Rien à redire lorsque la religion permet de réfléchir et de mieux appréhender des choses comme la vie après la mort ou lorsqu’elle permet d’atteindre une certaine liberté, de penser ou de vivre. En revanche lorsqu’elle commence à s’intéresser de trop près à la science (médecine, biologie) ou à la politique, ou lorsqu´elle devient un motif d´intolérance, elle est à mon avis tout à fait néfaste. Il me lâche à Chanara, où je saute littéralement dans un autre camion avec Oscar. La Panam longe la côte et le coucher de soleil sur le Pacifique est superbe. Courte nuit dans le camion, au sud de Copiapo, là où le désert commence à perdre doucement du terrain face à la végétation.
13 décembre 2006
(Chili) Kms parcourus : 750 ; argent dépensé : 15 Eur
Reprise de la route avec Oscar, nous passons la Serena et il me dépose à 150km de Valparaiso, en fin d’après-midi. Le coin n’est franchement pas terrible pour le stop, c’est une zone de travaux où les cailloux et la poussière volent à chaque passage de camion. Insidieusement, alors que je suis si près du but, je commence à envisager de passer la nuit ici, dans une maison en bois où un vieux chilien m’a invité. Et puis soudain quatre militaires viennent se poser à 50m de moi et commencent à faire du stop. Cela me redonne l’envie de me battre ! Une saine compétition comme cela me plaît. Je me remets à sourire, à faire de grands gestes sur le bord de la route. Nous partons finalement quasiment instantanément. Match nul. Je tombe sous le charme de Valparaiso dès les premiers pas. Valparaiso est en fait le port de Santiago et la ville est construite sur une multitude de collines (los cerros) avec des ascenseurs historiques pour monter. Je file vers Cerro Alegre mais mon plan logement tombe à l’eau. Porte close. Dormir à l’hôtel coûte affreusement cher au Chili mais je n’ai pas le choix pour ce soir. Une bonne douche chaude et au lit, j’ai ma dose d’aventure pour aujourd´hui.
14 décembre 2006
(Chili) Kms parcourus : 0 ; Argent dépensé : 1600 Eur
Je retente ma chance pour le logement aujourd'hui, avec plus de chance. Fabiola accepte très gentiment de m'héberger dans un superbe appartement ou cohabitent neufs étudiants, dont beaucoup de français. Une vraie ambiance d'auberge espagnole, où règne un bazar indescriptible très agréable ! Ma priorité ce matin est de me rendre au port afin de chercher un bateau pour l'île de Paques. Je pénètre dans les bureaux de la Marine Chilienne où j'apprends qu'il y a deux bateaux par an, un en mars et un en août. La messe est dite donc de ce côté là. Ce sera donc l'avion, avec escale sur l'île de Pâques, Papeete et Sydney le terminus. Dommage pour la Nouvelle Zélande mais cela ne passait pas du tout au niveau budget. Fin de journée à gravir les collines et les escaliers de Valparaiso. Selon Pablo Neruda, si nous arrivons à tous les parcourir, nous aurons fait le tour du monde. Longue soirée à cuisiner un hachis parmentier "muy rico", en compagnie de Mickael, Mickaela, Julie, Jean Philippe, Tom, Magalie et Fabiola
15 décembre 2006
(Chili) Kms parcourus : 0 ; argent dépensé : 5 Eur
Le rythme de vie dans la colocation change un peu de mes habitudes mais je m'adapte. Lever vers 11h00 environ, petit déjeuner grandiose avec de nombreux fruits de saison : cerises, abricots, melon. Je pars ensuite avec Mickaela visiter la Sebastiana, l'une des maisons de Pablo Neruda, perchée sur un cerro. L'architecture, tout comme le mobilier sont à l'image du poète : original. J'aime tout particulièrement le bar où Neruda préparait un coktail personnel : le coquetelon. Après avoir bu cet elixir, les invités n'avaient plus le droit de montrer qu'ils étaient cultivés et il était formellement interdit de tenir des conversations intellectuelles. Le concept me plaît énormément ! Nous rejoignons ensuite pour une bière d'autres français, sur la terrasse d'un immeuble. Repas à la maison à minuit, comme d'habitude puis nous sortons profiter de la vie nocturne de Valparaiso, dans un bar près du port.
16 décembre 2006
(Chili) Kms parcourus : 150 ; Argent dépensé : 7 Eur
Je quitter ce matin Valparaiso, avec grand regret, pour Santiago. Je suis finalement invité par Henrika, de l'Hospitality Club (HC), pour célébrer Hanukka, une fête juive, avec ses amis. Henrika a la trentaine, bosse dans le droit et est l'une des membres fondatrice du réseau HC. Son appartement est un mélange hétéroclyte de cadeaux du monde entier, offerts par les dizaines et dizaines de personnes qu'elle a hébergées. Tout en l'aidant à cuisiner les Latke (petite galette à base de pomme de terre ou de pommes, cuites dans l'huile), je découvre une personnalité atypique : Anna a voyagé aux quatres coins de la planète mais cela fait plusieurs années qu'elle n'a pas quitté Santiago, elle a le mal du pays dès qu'elle s'éloigne. Elle passe ses nuits à écrire un roman et le jour, lorsqu'elle ne travaille pas, elle publie sur son blog des histoires ou des commentaires politiques qui choquent beaucoup. Soirée bien sympa avec tous ses amis, la kippa vissée sur la tête, à écouter des musiques traditionnelles yiddish, à discuter.
17 décembre 2006
(Chili, Ile de Pâques) Kms parcourus : 3755 ; Argent dépensé : 6 Eur
Je pars visiter Santiago ce matin, avec pour guide local Rulo, un ami d'Henrika. Nous passons la Plaza de Armas, la Moneda (palais présidentiel désaffecté mais haut lieu historique), les rues commerçantes et le Marché Central où je m'enfile avec bonheur un énorme filet de poisson. Le centre de Santiago n'est pas franchement moche en soi mais dès que l'on s'éloigne un peu, les grands bâtiments austères et les tours grises prédominent. L'intérêt principal de la capitale chilienne est en fait sa proximité avec la montagne et la mer, à une heure de voiture environ. Point de salut sinon ! Fin d'après-midi à attendre mon vol de la LAN à l'aéroport, pour une destination qui n'a jamais cessé de me faire rêver : l'île de Pâques et ses célèbres Moais. Mis à part les deux heures de retard de l'avion, le service offert à bord par la compagnie chilienne est excellent : écran personnel à chaque siège avec vin chilien à volonté. Atterrissage de nuit sur la très longue piste de la Isla de Pasqua. Petit crachin pour nous accueillir, l'air est chaud et humide. J'échappe avec soulagement à l'épreuve des colliers de fleur et me dirige avec hâte vers le terrain de camping de Hanga Roa.
18 décembre 2006
(Ile de Pâques) Kms parcourus : 25 ; argent dépensé : 15 Eur
L'idée ce matin est de partir faire le tour de l'île à pied et en stop. Cela doit être possible, d'après les renseignements que j'ai récolté. Deux français sympa du camping m'offrent une carte de l'île, je leur laisse de mon côté un livre. Je commence par la côte est de l'île, elle présente le plus de Moais, les célèbres statues en pierre. La plupart d'entre eux sont couchés et cassés, ils ont fait les frais de guerres tribales et de tremblements de terre. Entre deux Ahu (plateforme cérémonielle), je me déplace en stop et cela fonctionne super bien. Une voiture s'est même arrêtée alors que je me reposais tranquillement face à l'océan ! Je découvre le cratère Rano Raraku, véritable carrière de Moais. Un peu plus loin, dans une crique de toute beauté, 15 Moais sont alignés, le dos tourné au Pacifique. Ils ont été restaurés et disposés ainsi par une équipe d'archéologues japonais, dans les années 1990. Nouilles chinoises achetées à Santiago pour le déjeuner puis je pars pour la plage de sable fin d'Anakena, tout au nord de l'île. Le cadre est grandiose, entre les Moais, les cocotiers et la mer d'une clarté incroyable. Deux heures de marche plein Ouest afin de me trouver un coin sympa pour la nuit, avec vue panoramique sur l'océan et la campagne pascuane.






















