28 février 2007
(Chine) Kms parcourus : 50 ; Argent depense : 6 Eur
Jinghong est une ville moderne, sans grand interet, ni jolie ni moche avec ses grandes avenues ombragees. J'ai deux choses importantes a faire ici. Tout d'abord me trouver une carte en chinois, afin de pouvoir montrer du doigt ou je veux aller aux conducteurs. Ce sera plus simple, car l'accent chinois n'est pas facile a maitriser, meme pour des noms de villes. Deuxieme point, me couper les cheveux. Je pressens en effet une degradation des conditions d'hygiene sur les hauts plateaux tibetains et il faut mieux prendre les devants. Ces deux missions sont une aventure, dans une ville ou tout est ecrit en mandarin et ou personne pour ainsi dire ne parle anglais. Je rencontre par hasard, Celine et Arno, deux francais sympatiques, tout aussi perdu que moi au milieu de ces ideogrammes. Je rejoins dans la soiree en bus une petite ville, a 50km de Jinghong afin d'etre operationnel de bonne heure demain matin pour le stop. Soupe aux nouilles et au lit.
01 mars 2007
(Chine) Kms parcourus : 300 ; Argent depense : 1 Eur
Je tends le pouce des l'aube et enchaine deux sauts de 30 kilometres, avec une voiture utilitaire et un camion bleu rouille et deglingue, comme il en roule des centaines sur ces routes du Yunnan. Je pars ensuite en compagnie de Zhou, qui accepte de me prendre gratuitement dans son mini-van. C'est un tres mauvais conducteur, il manque d'assurance, n'anticipe rien et ne maitrise pas le passage des vitesses. Jusque la, rien de tres grave, ce n'est pas la premiere fois que cela m'arrive. Mais soudain, si cela etait encore possible, sa conduite se deteriore franchement. Il accelere la ou il faudrait ralentir et pile comme un malade dans des lignes droites sans danger. Il sue a grosse gouttes, respire fortement, est pris de tremblements. Alors que je tergiverse stupidement (dois-je descendre de la voiture tout de suite ? ou attendre la prochaine ville, a 15 minutes d'ici ou il doit me deposer ?), a la sortie d'un village, il emboite fortement l'arriere d'un camion venant en sens inverse. Le choc etait evident, Zhou n'a rien vu (nouvelle absence) et j'ai tout juste eu le temps de me caler au fond de mon siege pour encaisser la collision. Personne n'est blesse mais la voiture est morte, le pare-brise est largement fele mais n'a miraculeusement pas explose. Zhou reste de longues minutes dans l'habitacle, totalement hebete. Je tente pendant ce temps de mimer ce qui s'est passer au conducteur du camion. Je poursuis a pied, les laissant regler leurs affaires ensemble. Je rejoins la ville a l'arriere d'une moto, heureux d'etre en vie. La mort ne rode jamais tres loin sur ces routes de montagne tortueuses. Je repars avec Su, Phou et Zhou, trois Han sympatiques et dynamiques, jusqu'a Shang Yun. Nous nous arretons en cours de route pour diner, dans une auberge pour voyageurs. Nous sommes assis sur des tabourets, a 20cm du sol, autour d'une table ou les plats sont en commun, chacun ayant un bol et pioche ce qu'il lui plait. Tout est dans le coup de baguette bien sur, afin d'avaler ou plutot d'aspirer le riz, la viande, en faisant si possible beaucoup de bruits. Si un morceau ne passe pas, on peut le jeter par terre, sans que personne ne s'en offusque. J'essaie de faire bonne figure, en lachant quelques os sur le carrelage. Autre petit detail encore, les chinois crachent beaucoup. Pas le petit glaviot, le vrai mollard qui vient de loin, que l'on fait remonter de ses entrailles, dans d'affreux raclements. Cela concerne les hommes comme la derniere bimbo chinoise, sac Louis Vuitton au bras. Bienvenue dans l'Empire du Mollard. Fin de soiree a Shang Yun, dans un salon prive d'un hotel, pour une seance de karaoke. Des "hotesses" nous accompagnent, pour chanter et plus si affinites. J'ai eu ma dose d'aventures pour aujourd'hui, je ne souhaite pas en rajouter, et je pars donc me coucher des que les effets de l'alcool commencent a me faire perdre raison. Je sombre rapidement dans un sommeil ethylique.
02 mars 2007
(Chine) Kms parcourus : 250 ; Argent depense : 1 Eur
Lendemain de fete, j'ai la bouche pateuse et ne decolle qu'a 10 heures. Mes trois collegues de la veille me trouvent un camion jusqu'a la prochaine ville, a 70km. Je saute ensuite dans une fourgonnette qui me depose apres Licang. Deux nouvelles voitures jusqu'a une bourgade dont le nom m'a echappe. Il est 5h de l'apres-midi, il me reste une bonne heure avant le coucher de soleil et je persiste sur une autoroute deserte. Une voiture s'arrete enfin, non pas pour m'emmener mais pour m'aider, pensant que je suis perdu. La conversation est compliquee, pour simplifier les choses, j'explique que je n'ai pas d'argent et c'est pour cela que j'attends ici. Le couple me force alors a monter avec eux et m'emmenent a la gare routiere, ou ils souhaitent me payer le billet. Je refuse energiquement et, coup de chance, le dernier bus pour Dali est deja parti. Nous rencontrons finalement l'un de leurs amis, anglophone, et je peux enfin lui expliquer la facon dont je voyage. La nuit est tombee entre temps, il est trop tard pour repartir. Tchoun et Zhong me proposent alors de diner et de se rendre ensuite ensemble a la fete de la biere locale. Avant cela, Tchoun insiste pour que je visite son lieu de travail, un batiment a l'architecture sovietique ou s'affairent des fonctionnaires des impots. Elle fait tout reouvrir, allume un ordinateur et me montre sur Internet des photos des differentes fetes locales (fete de l'eau, fete des lanternes, fete des morts). Je verifie au passage l'auto-censure de Google China, en tapant "Gaypride" : sites indisponibles et messages d'erreurs se succedent. Nous partons finalement pour la fete de la biere, qui ne vaut pas l'Oktoberfest. Il y a neanmoins un spectacle sympa, avec des dragons, animal jouat un role tres important dans l'imaginaire chinois. Fin de soiree dans une chambre d'hotel, avec mes deux chinois et leur fils unique, qui bredouille l'anglais. Je leur parle de la France, des paysages, de nos voisins europeens. Ils sont avides de questions et je suis heureux de pouvoir les faire voyager un peu par procuration.
03 mars 2007
(Chine) Kms parcourus : 300 ; Argent depense : 12 Eur
Le couple chinois de la veille a injsiste pour venir me chercher ce matin et m'avancer un petit peu sur la route. Ils m'emmenent jusqu'a un superbe pont sur le Mekong, qui prend le nom de Lancang Jiang ici. La route se fraie un chemin a travers des cultures en terrasse, qui constituent autant de metres carres grapilles sur la montagne. On y cultive le riz mais aussi du colza et certaines vallees sont entierement vetues de jaune. Deux camions me poussent tout pres de Dali. Enfin, c'est ce que je crois sur le moment. Erreur de localisation, il me reste plus de 150 km. Le coup est dur pour le moral, cela fait quand meme trois jours que je roule pour rejoindre cette ville. Je repars avec une jeune chinoise, assez speciale. Elle va a Dali, et cela tombe tres bien ! A l'arrivee, alors que je baigne dans le bonheur, la demoiselle me demande une somme exorbitante (40 Euros, le bus coutait environ 2 eur). Je refuse evidemment, elle fait un scandale, devient hysterique. Dans la rue, c'est l'attroupement, tous les bados debattent de mon cas, en parlant tres fort. Je ne peux meme pas m'expliquer, personne ne parle anglais. Les choses m'echappent, je decide de reprendre la main en appelant la police. Nous finissons au poste le plus proche, ou il n'y a toujours personne maitrisant l'anglais. Les choses tournent a mon avantage, les fonctionnaires se moquent de cette folle mais continuent d'exiger que je paie une somme plus modeste mais encore trop elevee a mon gout. Coincidence heureuse, il me reste trois fois rien dans le porte-monnaie. Un grade arrive enfin, il parle un semblant d'anglais et je peux lui expliquer calmement les faits. Je finis par lacher 7 euros a l'interessee. Poignee de main et sourire complice avec le policier en sortant. Je trouve une guesthouse et m'effondre de fatigue. Cette affaire m'a gache la soiree mais je suis a Dali et c'est l'essentiel.
04 mars 2007
(Chine) Kms parcourus : 0 ; Argent depense : 10 Eur
Muesli aux fruits pour reprendre des forces ce matin. Je pars me promener dans Dali, qui se revele tres jolie, avec les Cangshan en arriere plan, une chaine de montagne qui culmine a plus de 4000m. La ville a volontairement ete preservee pour attirer les touristes : nombreuses maisons renovees avec toit en forme de pagode, vieux ramparts de pierre, ruisseaux s'ecoulant au milieu des ruelles. Les touristes sont nombreux mais on ne les remarque (presque) pas, ils sont en tres grande majorite chinois ! Je trouve par hasard un jardin public loin de l'agitation des rues commercantes. Rencontre magique avec Jin, venu s'exercer au taekwondo. Il est pied nu, en tunique blanche, ceinture noire et tente de m'expliquer les principes de ce sport non violent, qui implique egalement une certaine ethique et hygiene de vie. Je me rends compte rapidement que si Jin le souhaitait, je serai en quelques secondes par terre, hors service, sans avoir compris ce qu'il s'est passe. Il se contentera d'eclater une rose que je tenais du bout des doigts a deux metres du sol. Entre deux mouvements, il me parle de Lao Tseu et de ses projets de vie. Je fais reparer une nouvelle fois mes chaussures, qui lachent de partout et retrouve pour diner Arno et Celine, un couple francais que j'avais rencontre a Jinghong. Arno s'aventure courageusement pour un plat dont la traduction en anglais donnait "Fourmis grimpant a la montagne". Il ne s'agira que de boeuf, sa deception est enorme.
05 mars 2007
(Chine) Kms parcourus : 50 ; Argent depense : 8 Eur
Je pars ce matin avec Arno et Celine pour une promenade a velo le long du lac Erhai, une petite mer interieure cernee par les montagnes, pres de Dali. Tout comme au nord de la Thailande et du Laos, il y a de nombreuses minorites ethniques au Yunnan, avec des costumes et des coutumes fort differentes. Autour de Dali, l'on trouve des Hui, qui ont la particularite d'etre musulmans. Selon la legende, ils seraient des descendants des combattants des armees sino-mongole d'un certain Gengis Khan... Toujours est-il que les minarets et les croissants verts surprennent dans un pays majoritairement bouddhiste. Nous traversons des villages superbes, tout en pierre, avec souvent une minuscule place centrale ou des vieux, les traits marques par l'age, regardent passer le temps. Nous nous arretons parfois dans des "temples", qui sont aussi des lieux de rencontres. On s'y retrouve surtout pour jouer entre amis aux cartes, aux dominos ou aux echecs chinois (se joue sur les intersections). Entre deux villages, nous pedalons dans les champs, sur des chemins de traverse. A l'heure de dejeuner, nous sommes spontanement invites par des travailleurs agricoles, assis a l'ombre, sous des arbres. Les hommes et les femmes mangent separemment et forment deux cercles. L'ambiance est tres sympa meme si les echanges restent malheureusement limites. Nous revenons a Dali dans l'apres-midi, un peu casses par l'exercice ! Derniere soiree avec Arno et Celine. Ils sont egalement partis pendant un an, mais se limitent a l'Asie du sud-est. Nous discutons de nos voyages et de nos projets, au retour.
06 mars 2007
(Chine) Kms parcourus : 180 ; Argent depense : 8 Eur
Je ne m'attarde pas a Dali, je n'ai qu'un mois sur mon visa et il me reste de la route jusqu'a Lhassa et la frontiere nepalaise. Je quitte avec difficulte la ville et rejoins, avec deux voitures et un bus Lijang, toujours plus au nord. Le Yunnan est en fait un escalier naturel pour grimper sur le toit du monde. On part de la plaine a Jinghong, pour monter a Dali (1800m) puis Lijang (2400m) et enfin Zhongdian (3200m). Les temperatures descendent proportionnellement et depuis quelques jours j'apprecie la polaire. Lijang, tout comme Dali, est un petit joyau. La vieille ville est parcourue par de nombreux canaux, qu'enjambent des ponts en pierre plein de charme. Les femmes, des Naxis (d'origine tibetaine) portent des capes avec des casquettes bleues. Je fais le tour des guesthouse afin de lire quelques guides sur le Tibet. Ce que je craignais se confirme : la route que je souhaite prendre depuis le Yunnan est interdite aux etrangers, en voyageurs independants tout du moins. Ceux qui veulent l'emprunter doivent passer par une agence, louer un 4x4 avec chauffeur, obtenir un permis special (TTB : Tibet Travel Bureau), le tout pour environ 600 Euros. Je n'ai ni l'envie, ni l'argent pour voyager ainsi, ce sera donc l'option auto-stop, pour changer. Mes pensees angoisees vont ce soir a Alexandra David Neel, qui passa egalement par Lijang avant de rallier avec succes Lhassa.
07 mars 2007
(Chine) Kms parcourus : 150 ; Argent depense : 6 Eur
La sortie de Lijang est delicate, l'axe principal pour rejoindre Zhongdian est tres eloigne du centre de la ville. Je decide de prendre un bus pour me ramener sur la bonne route mais je galere pour me faire comprendre. Il faut ensuite attendre deux heures le depart (je n'ai plus l'habitude), bref, l'efficacite n'est pas au rendez-vous ce matin. Heureusement, le stop marche bien, et apres trois voitures, je suis a Zhongdian, qui est rattachée au district tibetain. Environ la moitie de la population est tibetaine et je decouvre avec enthousiasme un nouveau style architectural. Les maisons sont plus massives, souvent ceinturees par un mur en pierre. Les toits sont plats, la façade souvent blanche, les fenetres sont decorees avec des bandes multicolores. Je trouve une auberge de jeunesse pas chere (2 Eur) et tenue par une famille tres sympatique. Le soir, je rentre au hasard dans un restaurant pour diner. Une demi-douzaine d'amis sont attables autour d'un poele. Ils ouvrent spontanement le cercle pour m'accueillir. J'apprecie beaucoup le geste et entame la discussion. Lama me parle de son pays, qu'elle nomme poetiquement Shangri-La : un royaume imaginaire, un monde ideal, au nord ouest de la Chine, perdu dans les montagnes et des vallees profondes. Le gouvernement chinois, beaucoup moins poetique mais conscient des enjeux touristiques a renomme en 2001 le comté de Zhongdian en comté Shangri-La.
08 mars 2007
(Chine) Kms parcourus : 0 ; Argent depense : 13 Eur
Derniere journee de repos a Zhongdian, avant d'attaquer le Tibet et la route vers Lhassa. J'en profite pour m'equipper pour les grands froids, je m'achete bonnet et echarpe. Quelques provisions de nouilles dessechees, il faudra surement eviter les villes et retourner au bivouac pour quelques temps. Je visite egalement le monastere Songzanlin, l'une des plus grandes lamasseries de Chine. Environ 600 moines y vivent. Je passe deux heures a m'impregner de l'atmosphere du lieu. Deux lamas m'invitent a participer a la preparation du the au beurre de yak. Les salles de priere sont tres decorees : fresques murales, grands tissus colores accroches au plafond etc. A la sortie, je rencontre Delphine et Bruno, un couple francais vivant au Laos. Ils sont en voyage de noce au Yunnan pour 10 jours. C'est tres court et ils ont donc choisi l'option voiture privee avec chauffeur. Ils me proposent de me ramener au centre de Zhongdian et m'offrent le dejeuner : ravioli a la viande de yak. Delicieux ! Debut de soiree avec une canadienne et une israelienne sympa bien qu'un peu snob a mon gout : elles meprisent tout ce qui est touristique et ne jurent que par le "root". Suite avec Lama et sa soeur, pour un cours de danse tibetaine, sur la place centrale du vieux Zhongdian.
09 mars 2007
(Chine) Kms parcourus : 190 ; Argent depense : 7 Eur
Je quitte Zhongdian des 6h30 et m'enfile a pied 8 km pour rejoindre la route principale, je me suis un peu egare. Cela n'a l'air de rien mais avec plus de 15kg sur le dos et a 3500m, c'est un bon exercice. Un premier camion s'arrete, le courant passe tout de suite avec le chauffeur mais son patron l'appelle 10 minutes plus tard, il doit rentrer a Zhongdian. Je continue peniblement a pied sur les derniers lacets du col lorsque Li Yonghong s'arrete. Il est le directeur d'une toute nouvelle station de ski, a 5km de la. Il me propose de venir skier et je ne peux resister a l'appel de la glisse. Li est tres fier d'avoir un étranger dans sa station. Alors, puisque les remontees mecaniques ne fonctionnent pas encore, il me fait monter au sommet de la piste (il n'y en a qu'une !) en scooter des neiges. Les chinois grimpent a pied et me jettent des regards envieux. La plupart viennent ici pour la premiere fois et c'est assez comique : certains sont en tenue de ville (gilet raye trop court), d'autres sont meme en uniformes militaires. Mon niveau en ski (correct sans plus sur les pistes iseroises) impressionne beaucoup ici :
- Vous etes professionnel ?
- Non, non, skieur du dimanche seulement
Je reprends la route apres une dizaine de descentes et rejoins Deqin en fin de soiree, non sans avoir franchi auparavant un superbe col enneigé a 4200m. Apres avoir visité plusieurs chambres qui sentaient un peu trop le beurre de yak à mon gout, je trouve enfin mon bonheur, avec douche chaude en prime. Je pars repérer la sortie de la ville avant la tombée de la nuit, avale une soupe chinoise et redige mon carnet de bord. Veillée d'arme, demain c'est le Tibet, Inch'Bouddha.






















