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20 avril 2007

(Inde) Kms parcourus : 300 ; Argent depense : 7 Eur

La nuit fut très difficile. Il nous faudra douze heures pour abbatre les 300km de la frontiere à Varanasi. Cela n'avance pas, il y a toujours  une raison pour s'arrêter : arrosage de policiers vereux, check-points inutiles, travaux, route vraiment pourrie. Tout cela avec des temperatures redevenues tropicales, autour de 35°C la nuit. Un policier se tape l'incruste en tant qu'auto-stoppeur, le chauffeur n'a pas eu le choix. Comme si il ne faisait pas assez chaud, le type vient se coller à moi et persiste à me parler en hindi avec son haleine fétide de chiqueur de béthel. Cela fait partie du voyage, je garde le sourire. En revanche, lorsqu'il commence à me tater le bras, s'en est trop, je pars m'isoler derriere mon sac. Heureusement, il descendra vite, non sans avoir auparavant racketté le chauffeur comme il se doit. Ce dernier me lâche au petit matin a 18km de Varanasi. Trois rickshaw plus tard, je découvre la ville et le Gange, majestueux. Petite guesthouse au calme, recommandée par Chris et Agnes, il y a quelques mois en Polynesie Francaise. On laisse un peu de soi dans un voyage comme celui-ci. Physiquement, je sens que j'ai atteint une limite. Journee entièrement consacrée à me reposer

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21 avril 2007

(Inde) Kms parcourus : 0 ; Argent depense : 6Eur

Varanasi (Benares) tient une place particuliere dans le coeur des Indiens : c'est une ville impregnée de prière, qui s'étend le long du Gange, le plus sacré des fleuves du pays. Des centaines d'autochtones viennent tous les matins se purifier dans l'eau, reputée aussi pour sa pollution. Mark Twain affirma même qu "aucun microbe qui ne se respecte ne saurait vivre dans une eau pareille". Je consacre les premieres heures de la journee a marcher le long des ghats, ces fameux escaliers en pierre pres du Gange. Retour à la guesthouse par des ruelles etroites qui grouillent de vie : quelques singes, des vaches sacrees a profusion, des enfants qui se soulagent sans inhibition au milieu de ce bazar. L'Inde, comme je me l'imaginais. Je consulte mes mails dans la soiree, entre deux coupures d'electricite. Elles sont quotidiennes ici - entre 2 a 4 heures au minumum - mais le proprietaire de l'auberge m'assure que la situation s'est temporairement ameliorée. Des élections dans l'Etat de l'Uttar Pradesh ont lieu dans quelques jours.

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22 avril 2007

(Inde) Kms parcourus : 0 ; Argent depense : 6 Eur

Nouvelle promenade le long des ghats, mais en barque aujourd'hui. Le spectacle est tout autre sur les flots. J'observe a distance plusieurs cremations. Car Benares est aussi une ville ou l'on vient pour mourrir. Avec l'espoir de sortir du cercle sans fin des reincarnations pour atteindre le nirvana. Des buchers sont installes au bord du Gange. Le corps du defunt est enveloppe dans un drap blanc et on y met le feu en tournant cinq fois autour. Au bout de 2-3 heures, la combustion est terminee, les chiens errants finissent de nettoyer la place. Comme tout le monde n'a pas les moyens d'acheter le bois necessaire, il y a egalement un crematorium electrique. Petit tour dans l'apres-midi au quartier musulman, ou dans toutes les maisons, l'on lave, teint, file, tisse et vend la fameuse soie de Varanasi.

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23 avril 2007

(Inde) Kms parcourus : 125 ; Argent depense : 4 Eur

Depart de Benares ce matin, direction Agra, a 550km plein ouest. Mais avant de partir, la priorite absolue, c'est Internet, afin de decouvrir les resultats du premier tour de la presidentielle. Moment de stress, d'angoisse et double soulagement. Pas de scenario "21 Avril" et ma procuration a fonctionne. A quoi succede des pensees plus pessimistes, l'affaire semble pliee. Sortie tres laborieuse de la ville en rickshaw, a pied et en mobylette. Je decouvre avec joie une superbe autoroute 2x2 voies, bien entretenue. Mais entre les pietons indisciplines, les mobylettes, les vehicules roulant en sens contraire, les elephants (trois aujourd'hui), il est difficile de rouler à plus de 30km/h. Un conducteur de camion, emeche et un peu trop entreprenant ralentit ma progression. Je finis dans un bus ou le conducteur accepte de me prendre gratuitement. Pannes, arrêts intempestifs, j'arrive a Allahabad de nuit, épuisé. 122km seulement aujourd'hui, le moral est bien bas.

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24 avril 2007

(Inde) Kms parcourus : 425 ; Argent depense : 5 Eur

Toujours aussi difficile de sortir des villes. Les chauffeurs de rickshaw ne parlent pas anglais, je pars donc en quete d'un interprete. Ensuite, ce dernier n'ecoute souvent que d'une oreille distraite ce que je dis et ne comprends pas la demarche. Je me retrouve donc, une demi-heure apres, a la gare ferroviaire, excede. Enfin, je quitte Allahabad, le soleil est deja haut et j'atteins Kampur vers midi. Deux voitures, trois camions, j'arrive a Etawah au coucher de soleil. Agra est encore a 150km et je souhaite absolument arriver ce soir. C'est une affaire de minutes avant la tombee de la nuit et je ne menage pas mes efforts pour sourire et interpeller les conducteurs. Tout cela en marchant, afin d'eviter les attroupements de badauds au milieu desquels je perds toute visibilite. Coup de chance, un enorme camion s'arrete et veut bien me deposer a Agra. Pause "douche" a la sortie d'Etawah, nous arriverons a Agra a minuit. Une heure plus tard, le souffle court (pollution et chaleur), je peux enfin me coucher. Je vis actuellement mes voyages les plus eprouvants depuis mon depart.

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25 avril 2007

(Inde) Kms parcourus : 0 ; Argent depense : 9 Eur

Journee farniente, je l'ai bien merite et mon corps de toute facon ne suit plus. Je me pose dans un parc pour profiter de la fraicheur relative sous les arbres et lire. De nombreux indiens s'arretent pour me saluer mais les relations ne sont pas evidentes. Dans l'un des pays les plus spirituels au monde, la discussion revient presque toujours a des considerations tres terre a terre : money, money, money. Un enfant vient a ma rencontre dans ce parc. Il tient en laisse un petit singe et ne connais que deux mots en anglais qu'il repete en boucle : "hello - bakchich". Ceci assorti en plus d'une curiosite malsaine, melange de voyeurisme et d'impolitesse, que certains appellent le "white watching".  Hier, lorsque je me suis arrete pour dejeuner dans un village perdu entre Allahabad et Agra, une foule d'une trentaine de personne s'est regroupee autour de moi. Epiants mes moindres gestes, suspendus a mes bouchees de Dhal et commentant le tout en hindi. Une seule question : "Where do you come from ?" Ils ne connaissaient rien a la France, ce que je peux comprendre, mais n'ont pas cherche a en savoir davantage. Au moment de partir, chacun à donné son avis sur le montant de la note, avec des estimations plus grotesques les unes que les autres. Je m'en suis sorti pour 100 roupies (2 euros), au moins deux ou trois fois le prix raisonnable. Enfin, ne vous méprenez pas sur mes propos, j'aime beaucoup l'Inde, avec tous ses paradoxes et quelques belles rencontres en stop ont largement compensé ce tableau un peu noir.

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26 avril 2007

(Inde) Kms parcourus : 0 ; Argent depense : 25 Eur

6h00 ce matin, je penetre dans l'enceinte du Taj Mahal. Ironie de l'histoire, ce chef d'oeuvre de l'art moghol est devenu le symbole d'une Inde majoritairement hindoue. Le mausolee se decouvre brusquement, derriere une porte toute simple. Majestueux, delicat, elance, son image se reflete dans l'eau des bassins. Cette "larme sur la joue du temps" selon l'expression de Rabindranath Tagore (grand poete et ecrivain indien) n'a pas ete cree pour celebrer une ferveur religieuse ou la grandeur d'un maharajah. Non, il est dedie a l'amour, un amour que l'empereur Shah Jahan a perdu. Le coeur devaste, il souhaita construire un monument a la memoire de feu Mumtaz Mahal. Comme aucun architecte du royaume n'etait capable de construire un projet a la dimension de la douleur de l'empereur, il convoqua le plus fameux architecte perse et tua sa femme. Comprenant enfin le chagrin du sultan, l'architecte fut capable d'imaginer le Taj Mahal. Je reste de longues heures a contempler cette merveille du monde, assis sur le marbre de l'esplanade. Fin de journee sur la terrasse d'un restaurant (avec vu sur le Taj, s'il vous plait) a jouer au cerf-volant avec des enfants au dessus d'installations electriques anarchiques.

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27 avril 2007

(Inde) Kms parcourus : 0 ; Argent depense : 5 Eur

J'ai tente de faire l'original hier soir en dinant dans un nouveau restaurant. Je le regrette beaucoup ce matin, c'est la "grande debacle" si l'on peut dire. Mon depart d'Agra est donc repousse de facto au lendemain.  Chez Joney - un lieu sur - je fais connaissance avec Hamif, un vieux bonhomme attendrissant. Il se promene avec une grosse valise qui n'a pas d'age, contenant ses tresors : des parfums. Rose, jasmin, fleur de lotus, opium, tous issus de son jardin et distilles par ses soins. Il parle de son metier avec passion et son livre d'or confirme ses talents d'enivreur. Je ne tarde pas, moi aussi, a succomber aux effluves. Un vrai Grenouille, en plus sympatique et moins dangereux.

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28 avril 2007

(Inde) Kms parcourus : 200 ; Argent depense : 7 Eur

Sortie d'Agra negociee honorablement : deux heures, trois rickshaws et un tracteur. Nous quittons rapidement l'Etat de l'Uttar Pradesh pour celui du Rajasthan. Plus nous avancons, plus les paysages se font arides et desertiques. Les chameaux remplacent progressivement les vaches et les buffles de la vallee du Gange. La cuisine elle aussi change : soupe de lentille dans un bol constitue de feuilles d'arbre sechees et comprimees, the au lait servi dans des verres en ceramique a usage unique. Tres ecolo. J'arrive en fin d'apres-midi dans la banlieue de Jaipur. Deux banquiers finissent de me convaincre d'y passer la nuit et me deposent dans une guesthouse correcte.

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29 avril 2007

(Inde) Kms parcourus : 0 ; Argent depense : 10 Eur

Grasse matinee, je pars ensuite visiter Jaipur, surnommee la ville rose en raison du gre des facades dans le coeur historique. Je decide de faire l'impasse sur le City Palace, sur des conseils convergents de voyageurs. Petit tour a l'observatoire astronomique, un lieu etonnant edifie par Sawai Jai Singh II, au 18eme siecle. Ce souverain etait un homme fin et delicat, et il faconna de facon coherente la ville de Jaipur, avec ses grandes arteres. C'etait aussi un homme ouvert aux sciences, on le surnomma meme le Kepler de l'Orient. Je n'ai ni les infos ni les competences pour juger mais ses appareils pour l'observation des astres sont pour le moins originaux et leur fonctionnement m'est totalement etranger. Jaipur possede l'un des plus grands et des plus beaux cinemas de l'Inde (le Raj Mandir), je saute donc sur l'occasion. Au programme ce soir, Taralapampa, tout droit sorti des studios de Bollywood. Ma place achetee (0.7 Eur), je penetre dans le hall d'attente. C'est vraiment la grande classe, moquette au sol, eclairage tamise, climatisation et meme crachoirs recouverts d'argent pour les chiqueurs de bethel. Le rideau se leve enfin, le spectacle commence, j'essaie d'oublier tous mes prejuges sur le cinema indien. Des voitures de course, le reve americain a New-York, un amour difficile entre deux jolies creatures. Les scenes d'action sont entrecoupees par des seances "chants et danse". Aucune scene de sexe, le moment le plus erotique aura ete un baiser furtif sur le coin de la joue, dechainant des cris dans la salle. La morale a la fin de l'histoire est absolument scandaleuse, tout du moins pour un europeen. Les indiens seraient-ils immoraux ? Je ne crois pas, seulement amoral, j'y reviendrai plus longuement un autre jour. L'intrigue se comprend parfaitement en ne parlant pas un mot d'hindi, je vous rassure. Ce n'est pas du cinema d'art et d'essai evidemment mais finalement la difference n'est pas enorme avec un gros navet americain. Et pour une population dans laquelle beaucoup ne savent ni lire ni ecrire, je peux tout a fait comprendre que cela puisse faire rever et amener un peu d'evasion. J'ai passe en definitif une excellente soiree.

Posté par thomasdivier à 14:02 - 18. 04/2007 Inde - Commentaires [0] - Permalien [#]
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